Artes Visuales y Digitales   
Arts Visuels & Création Numérique     

VISAGES RENCONTRÉS

Date:
septembre 14 - septembre 29
Lieu:
Consulat de Colombie
Adresse:
12 rue de Berri
Ville:
Paris
Description:

 

Lundi à Vendredi 08h30 – 13h30 et 15h30 – 17h30 

Description: 

Il y a dans les œuvres de Valérie Vial et de Joshua Merchan une marque commune qui les rapproche et les fait dialoguer avec précision. Toutes sont le résultat d’une rencontre qui est essentiellement le fruit du simple exercice, souvent oublié, de regarder. Lorsque l’on est face à leurs œuvres, il n’est pas difficile de les imaginer eux-mêmes en train de regarder en détail, à la loupe, cherchant à approfondir leur vision, avec une curiosité quasi scientifique, quasi infantile, presque obsessive.

Néanmoins leur regard ne se limite pas à la simple contemplation passive de ceux qui parfois tournent leurs yeux vers l’ouest pour graver dans leur esprit des couchers de soleil, mais c’est un regard dynamique qui participe et répond à ce que leurs yeux ont observé avec acuité.

C’est aussi un regard réfléchi car il ne demeure pas dans la simple récupération ou le témoignage calculé ou subtil de ce qu’ils ont vu, sinon que la façon dont ils abordent leurs œuvres est en soi une prise de position. Comment nier que ce sont aussi des regards chargés de poésie, qui disent sans le dire, qui n’imposent pas mais qui suggèrent, qui proposent sans expliquer et ouvrent la porte pour que d’autres regardent et interprètent ce qu’ils se sont déjà appropriés si singulièrement.

Mais ce qui ressort le plus est que les regards de Valérie et de Joshua sont très conscients de leur propre contexte, c'est-à-dire qu’ils ont un ancrage, un fondement, un support qui nous disent qu’ils ne sont pas dans un monde onirique mais qu’ils œuvrent à partir de la connaissance, de l’inquiétude, de l’étonnement ou de la recherche du sens de leur propre environnement.

« El palo del ahorcado » de Valérie se situe dans le contexte des déplacés de Colombie, dans la localité de Ciudad de Bolivar, dans le sud de Bogota, à partir de cinq points de vue différents. L’artiste explique que « chaque récit porte en lui l’authenticité propre de la personne qui raconte son histoire ; tous parlent du déplacement et de la violence dans une perspective différente, propre à chacun ; mais les récits se recoupent et il y a des points communs car chaque récit a été attribué à un acteur ou à une actrice en fonction des caractéristiques propres à la personne qui raconte, de son histoire. De cette manière, l’utilisation d’acteurs implique une affirmation de l’idée de fiction ».

Cette œuvre compose une histoire singulière et construite de manière personnelle, de nouveau à partir d’un regard qui sait se focaliser sur l’un ou l’autre détail des récits pour montrer le conflit colombien du coté le moins connu, celui des victimes. Sa plus grande réussite est la construction d’une histoire contrastée et d’une grande vivacité qui décrit le pays d’une manière directe en ce qui concerne la forme verbale mais aussi d’une manière métaphorique et symbolique dans son langage visuel, dans la portée des images et des séquences et dans les lieux où elle se déroule.

Dans ce sens la transposition des récits par les acteurs exige du spectateur un double niveau de lecture, car dans ce qui se dit se trouvent les faits, les contextes et les conflits, mais dans les façons de le dire se trouvent les niveaux plus subtils et à la fois révélateurs de l’expérience de la violence. C’est ainsi qu’image et récit génèrent des collaborations fécondes qui contribuent à la mémoire et à l’histoire des habitants d’un pays – encore blessé
mais en cours de reconstruction – sur lesquels il reste encore tout à dire.
Avec ce même regard réfléchi et une écoute attentive, ce récit qui se développe dans « El palo del ahorcado » se contracte dans « Poupées ». Cette installation semble faire écho à la première œuvre quoique ses points de départ ne sont pas strictement les mêmes, mais ce qui surprend, c’est comment sont synthétisées dans cette œuvre puissante trois des plus dures réalités, non seulement de la Colombie, mais du monde contemporain : la guerre, la pauvreté et l’immigration.

« Chaque poupée représente non seulement des personnages que j’ai connus ou sur lesquels j'ai travaillé, mais aussi représentent des histoires, des témoignages non dits, des situations et des expériences. Chaque poupée est un ensemble. Une effigie, mais dans un sens plus large. […] Elles sont le besoin de réduire, de résumer et d'apporter toute cette information à un niveau plus petit et plus manipulable, mais qui contiendrait tout", assure l’artiste.

De cette façon, Valérie découvre comment suivre les traces de la guerre, de sauver de l’oubli des années et des années de violence et de faire en sorte que les matériaux avec lesquels sont faites et entretenues ses Poupées, contiennent et condensent des histoires complètes.
De son coté, Joshua dans sa série photographique « La Selva » nous révèle le caractère indomptable de la nature qui s’impose sans effort à l’homme, car selon ses propres mots, « malgré la volonté de l’homme de s’en éloigner et de vouloir contrôler la nature, celle-ci finit toujours par trouver l’homme, son fils prodigue ».

Toute une métaphore qui fait allusion aussi à la liberté et à la volonté d’être et de pouvoir, car cette même nature est conçue par Joshua comme une entité autonome qui se déchaîne à sa guise pour vivre, pour exister, pour être… capricieuse, arbitraire, irrégulière, exubérante mais surtout libre. Lui-même l’illustre ainsi : « Sous le ciment des rues naissent des plantes qui défient l’autorité établie. On les appelle « mauvaises herbes », trop rebelles, fleurs de trottoir, trop libres. Les bonnes herbes seraient donc celles qui obéissent en restant à l’endroit que l’homme leur a concédé ».

Mais c’est précisément son regard d’artiste qui arrive à synthétiser dans ses images tous ces éléments qui semblent s’éloigner par des chemins différents, car dans toutes ses photographies il y a un geste de conciliation qui crée une certaine sérénité lorsque l’on se trouve face à elles, et c’est le fait que finalement, homme et nature, chacun avec sa vocation d’être ou de s’imposer, s’unissent sans fusionner, se lient, se découvrent, s’éprouvent par l’expérience et se façonnent.

Dans « La selva » - dit Joshua – les plantes absorbent l’homme dans une communion sauvage, formant maintenant un seul tissu naturel. La séparation entre l’homme et la nature disparait complètement et nous observons un seul corps complet ».

Visages rencontrés n’est donc pas seulement l’exposition d’une série d’œuvres dépourvues de sens, mais la possibilité de voir par les yeux de ces deux artistes, ces formes de réalité dont ils s’occupent, ces formes qui se présentent et se révèlent sous leurs yeux, ces formes du quotidien – toujours présent et toujours ignoré – qui passent inaperçues à nos yeux mais qu’eux remarquent, regardent, interprètent, récupèrent, façonnent et découvrent.

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